Appel à communications – Technique(s), politique et médiation – ULg (+ programme du séminaire)

Séminaire de philosophie sociale et politique

(Th. Berns, Fl. Caeymaex, J. Pieron)

Année académique 2011 – 2012

Appel à communication pour les doctorants (colloque des 1er et 2 mars 2012)

« Technique(s), politique et médiation »

La question des techniques peut-elle servir d’analyseur des questions politiques ?

Si le discours sur l’art de l’Encyclopédie pouvait encore référer les techniques aux finalités humaines et aux normes de la nature, le
discours contemporain souligne au contraire le paradoxe constitutif de la technique pensée comme auxiliaire de l’activité humaine : la
technique permet et potentialise l’action, mais en modifie le cours, en contrarie — voire même en détermine — les intentions initiales. Bien que
produite d’après une rationalité humaine, elle s’avère toujours susceptible de prendre l’apparence d’une rationalité autonome, sinon de
se constituer réellement en puissance indépendante. Les techniques faites systèmes ou dispositifs n’ont rien de neutre, mais se définissent
comme des conducteurs du pouvoir et des relais de la domination, des modes contraignants d’organisation sociale.

Sans doute l’une des grandes préoccupations théoriques et politiques de l’époque contemporaine fut-elle de chercher à savoir comment échapper au « règne de la technique », que ce soit par l’idéal d’un affranchissement ou par le projet d’une maîtrise et d’un contrôle raisonné des systèmes
techniques et de leurs effets sur l’homme et la nature. Si nombre de penseurs contemporains restent pris dans cette perspective, certains
(philosophes, anthropologues, historiens des sciences et des techniques) se sont montrés soucieux de penser la technique pour elle-même,
c’est-à-dire à partir de réalités techniques déterminées, des détails de leur fonctionnement et de leurs effets. Cette perspective analytique
subvertit les partages conceptuels de l’ontologie traditionnelle et moderne : elle rend incertaines, en tout cas difficilement assignables,
les frontières de la nature et de l’histoire, du naturel et de l’artificiel, de l’organe et de l’outil, du vivant et de l’inerte, ou
encore de la théorie et de la pratique. Plus profondément, elle amène à problématiser diversement la distinction entre les organisations
sociales humaines et les organisations machiniques, entre l’ordre des sujets humains et celui des objets.

En interrogeant les fondements de l’anthropologie philosophique — le schème téléologique, voire théologique, d’une activité humaine
souveraine et autonome —, la pensée des techniques questionne donc par contrecoup les présupposés, mais aussi les conséquences ou effets
politiques de l’hypothèse d’un « règne de la technique ». Le projet de maîtrise raisonnée de la technique ou de son émancipation ne
présuppose-t-il pas le modèle d’une activité humaine souveraine et maîtresse de soi ? Les critiques politiques traditionnelles de la
technique ne reconduisent-elles pas l’idéal d’un corps politique pleinement présent à soi, par-delà les médiations
institutionnelles et représentatives ? Pouvons-nous aujourd’hui penser jusque dans leurs conséquences sociales et politiques les techniques et
les technologies non pas comme de simples intermédiaires dans la réalisation des fins humaines — ni comme les vecteurs d’une domination
totalisante —, mais comme autant de médiations à construire et à déconstruire ?

Le projet du Séminaire de philosophie sociale et politique (2011-2012) est double :

* d’une part, il s’agira de montrer que la question de la technique peut servir d’analyseur des questions politiques ; que
le traitement conceptuel réservé à la technique nourrit,  explicitement ou implicitement, une certaine détermination de la
politique. Il ne s’agira pas d’aborder la position des  philosophes à l’égard de la « réalité technique » en général,
mais d’analyser les différentes manières de penser, catégoriser  ou problématiser celle-ci. Ainsi, la question des rapports entre
les sciences et les techniques, celle du statut de la rationalité propre aux techniques (rationalités technologiques
vs rationalités socio-techniques), celle de la détermination du référent du mot « technique » (machine-objet-instrument ou
savoir-faire supposant un codage et des normes d’action autorisant son itération), ou encore celle de la hiérarchie des
savoirs techniques (savoirs savants ou savoirs profanes) pourront-elles servir d’entrée en matière. Philosophes modernes
et contemporains (Rousseau, Marx, Bergson, Canguilhem,  Leroi-Gourhan, Simondon, Deleuze, Derrida, Latour) seront
abordés.

* d’autre part, d’envisager, à travers des analyses de cas concrets, comment certaines technologies peuvent actuellement
constituer soit les leviers de nouveaux pouvoirs, soit les leviers de nouvelles émancipations et proposer des modèles
inédits de la décision et de l’action politique.

Le colloque se tiendra les 1er et 2 mars 2012 à l’Université de Liège et clôturera le séminaire organisé à l’automne 2011. Il rassemblera G.
Chamayou (Institut Max Planck) , X. Guchet (Paris I), F. Mélard (ULg), T. Venturini (Sciences Po Paris), B. Bernardi (CIPh) et E. Renault (ENS
Lyon) (sous réserve).

Cette activité s’inscrivant dans le cadre de l’école doctorale en philosophie près le FNRS, elle est ouverte aux doctorants dont les
travaux sont susceptibles de contribuer au thème développé cette année.

Les doctorants désireux de prendre la parole à cette occasion sont priés d’envoyer leurs coordonnées, un titre et un bref résumé (200 à 300 mots) de leur intervention pour le 1er décembre 2011 à denis.pieret@ulg.ac.be .

La participation active à cette séance pourra être valorisée dans le cadre de la formation doctorale (9 ects).

Vous êtes également invités à assister au séminaire qui se déroulera les vendredis suivants :

Calendrier du séminaire (automne 2011)

* 7/10 de 13h30 à 18h :

* Introduction (T. Berns, F. Caeymaex, J. Pieron)

* Technique et politique dans la Grèce antique (M.-A.
Gavray)

* 21/10 de 14h à 16h30 : Marx (J. Pieron)

* 28/10 de 14h à 16h30 : Heidegger et la cybernétique (T. Berns)

* 18/11 de 14h à 16h30 : Bergson (F. Caeymaex)

* 25/11 de 14h à 16h30 : Simondon (D. Debaise)

* 2/12 de 14h à 16h30 : Canguilhem (J. Pieron)

* 9/12 de 13h30 à 18h : Derrida (D. Giovannangeli) et J. Pieron
(Rousseau)

* 16/12 de 14h à 16h30 : Foucault (F. Caeymaex)

* 23/12 de 14h à 16h30 : Latour (G. Brausch et D. Pieret)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :