Appel à contributions, « La question du rien en phénoménologie », 24-25/10, ULB

« Chers Collègues,
Chers amis phénoménologues,

APPEL À CONTRIBUTION.

Le Laboratoire de phénoménologie et d’herméneutique de l’ULB organise une  journée d’étude (voire deux journées en fonction des réponses à cet appel) le
 24 octobre (et 25 octobre) 2016. Le thème en sera « La question du rien en phénoménologie ». Je vous prie de trouver ci-dessous un bref exposé thématique de la question.
Si vous souhaitiez présenter un exposé, il conviendrait de m’adresser votre  proposition en suivant le format ci-dessous :

* Délai: le 10 mai 2016
* Fonction et institution de rattachement
* Sujet (titre provisoire)
* Courte présentation du contenu envisagé (environ une demi-page A4)
* Adresse de contact

L’ensemble devra être envoyé, en respectant impérativement le délai, à Antonino Mazzù : amazzu[at]ulb.ac.be

Argumentaire

Centre Phi
Laboratoire de phénoménologie et d¹herméneutique
Université libre de Bruxelles
Journée d’étude : éclats du « rien » en phénoménologie

La question des rapports entre « le » « phénomène » et « le » « rien », « le » « néant », « le » « non-être », voire la « négativité » ­ éventail lexical et sémantique qui ne manquera pas de s’ouvrir durant nos travaux ­ a alimenté comme foyer d’interrogation nombre de recherches chez de grands phénoménologues du 20ème siècle.

Il est vrai ­ du moins en première approximation ­ que chez le premier d’entre eux, Husserl, la question ne paraît pas tenir la place centrale qu’elle aura par la suite, ni être thématisée pour elle-même, et qu’elle n’apparaît qu’en creux du sens du phénomène. En un certain sens, la question du néant d’être n’est rien pour une phénoménologie de la conscience intentionnelle (Chose et espace, § 84). Divers indices cependant, comme celui de l’hypothèse méthodologique de l’anéantissement du monde (Idées, I, § 49) ou celui du statut d’« irréalité » de la subjectivité transcendantale (Philosophie première, Leçons 38 et 53), laissent entendre que Husserl n’a pas manqué de rencontrer et de méditer le problème. Si, en effet, la conversion du regard au domaine transcendantal exige le suspens de l’alternative entre être et non-être, si cette conversion nous fait quitter le terrain ontologique donné d’avance, le « phénomène » ainsi mis à découvert sera-t-il quelque chose ou rien ? Question fondamentale qui accompagne une grande partie du déploiement historique de la phénoménologie par la suite. Le premier Fink déjà, s’avisant de la nécessité d’un retour méthodologique rigoureux de la phénoménologie sur elle-même, soulignait le problème (Sixième Méditation cartésienne, § 8) et, déjà, découvrait un « autrement qu’être » mis à découvert par la méthode. La découverte qu’il sera possible et même nécessaire pour l’élucidation du sens du phénomène de le penser en dehors des termes classiques de l’ontologie agira comme une onde en mouvement dont les effets ­ sans doute renforcés par d’autres flux se feront ressentir jusqu’à Levinas qui rouvrira toute la question de l’éthique, dans les espaces de pensée ménagés par une épochè autrement conçue, et jusqu’aux recherches les plus contemporaines.

C’est toutefois d’une autre source encore que l’onde tirera le reste de ses forces. Pour une lignée d’auteurs allant de Heidegger à Maldiney, le problème du rapport entre « phénomène » et « rien » ne sera pas celle, classique, de savoir si le « rien » peut être un « objet » pour la conscience, s¹il peut être pensé, bref celle du statut objectif, au sens noétique, de ces notions mais de montrer comment une certaine relation au néant est condition de possibilité de telle ou telle positivité, de telle ou telle expérience, voire même condition de possibilité du rapport à l’objectivité. Il semble bien que la mise au jour de cette sorte de questionnement doive passer par le rejet du paradigme de l’intentionnalité en tant qu’axe organisateur central des descriptions phénoménologiques. Ce rejet est sans doute un trait commun à une bonne part de la phénoménologie de la seconde moitié du 20ème siècle, en particulier de langue française. Sartre tient, il est vrai, une place intermédiaire entre les deux lignées rapidement esquissées ici. Car, si dans L’Être et le néant, il parle encore le langage de la conscience, c’est pour en radicaliser ­ existentiellement ­la définition et la comprendre comme transcendance continuée et libre néantisation des déterminations données ou rencontrées. Merleau-Ponty, attentif au jeu de l’ouvert dans la plénitude de l’être en mouvement, refuse le « nichtiges Nichts » (Le Visible et l’invisible, p. 249), « le néant » (Ibid., p. 138) mais rencontre le « creux, l’être poreux » (Ibid.), sorte d’espacement dans lequel se fonde la mobilité de la vie perceptive.

Parmi nos contemporains, personne sans doute plus que Maldiney et Richir n’aura donné une place plus centrale dans leurs oeuvres respectives à ce problème. Maldiney, trouvera dans le rien, souvent médité en tant que « vide » grâce à une inspiration orientale, la condition nécessaire de la juste et commune compréhension de l’ouvre d’art, de l’expérience esthétique et de l’existence (Ouvrir le rien, l’art nu ; Art et existence). Richir n’aura cessé, dès ses premiers commencements, à méditer tant le « phénomène comme rien que phénomène » que le « rien » comme creux, écart initial et sens même du phénomène. Radicalisant l’épochè en épochè hyperbolique, il montre jusqu’à quelles conséquences étonnantes, pourtant pressenties par Husserl déjà (Einleitung in die Logik und Erkentnistheorie, Hua XXIV, p. 409), le choix du phénomène à la place de l’être comme centre de gravité de la pensée conduit la philosophie (Cf. par exemple De la négativité en phénoménologie).

Nos travaux voudraient examiner ces questions, chez ces auteurs et d’autres qui n’ont pas été cités ici (H. Arendt, R. Ingarden, M. Loreau), et, en quelque manière, au prisme de ces questions, faire retour sur l’idée que la phénoménologie se fait d’elle-même en ce début de 21ème siècle.

Dans l’attente de vous lire et surtout d’avoir le plaisir de partager une (ou deux) journées de travail en commun,

Antonino Mazzù »

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